Il y a des mots comme cela qui sont tellement usités qu’on finit par avoir du mal à les imager, à leur donner un contenu, une substance. Violence est de ceux-là. Sans doute ne se passe-t’il pas un jour sans qu’on entende ce vocable qualifier un acte troublant : agression, injures, guerre, attentats. Des faits marquants, spectaculaires, mais aussi des actes du quotidien marqué à sa manière du même sceau. Le problème étant que tout étant qualifié de violent, rien ne le parait plus vraiment. Et, dans ce melting pot de choses où le très grave côtoie l’anecdotique, le mot se dilue, s’affadit et surtout se banalise. Et de ce fait, les choses nous paraissent rapidement moins graves, normalisées. Des images confuses se profilent dans nos imaginaires, sans nous toucher vraiment.
Je ne sais pas à quel degré d’horreur il faudrait atteindre pour que les gens ne haussent pas les épaules en disant « c’est comme ça » ! Le bombardement d’images choquantes, photographiques ou télévisées est tellement intense, les superlatifs qualifiant les attentats suicides, les tueries, les viols, les assassinats tellement codés, le cinéma d’action a tant étanché notre malsaine soif du sanglant, du visqueux, et du terrifiant, qu’un docteur Mabuse serait pris aujourd’hui pour un gentil fantaisiste, et Staline pour un pantin !!!!
Et petit à petit l’idée d’une société big brotherisée, où des caméras silencieuses traqueraient le délit et où des nurses électroniques contrôleraient les faits et gestes de nos bambins et de leurs accompagnants fait son chemin !!!
Le corollaire de ce glissement de sens est notre incapacité globale à y répondre et notre ambivalence amusante : nous détestons les gendarmes, mais aimerions bien qu’ils soient derrière nous pour nous protéger ! Nous désirons la liberté, mais sommes tout prêts à déléguer les responsabilités qui nous incombent pour cela dans notre vie d’adultes et de parents, à d’autres réputés plus aptes ! Nous nous plaignons de la violence, mais combien d’entre nous réfléchissent sur celle qu’ils exercent à leur façon sur autrui dans l’exercice de leur métier, de leur autorité de parent, avec leur conjoint, leur famille ? Pour moi, la toute première violence réside dans le mot. L’injure précède le poing et en est déjà un, lancé à pleine force dans la figure d’autrui……………faire l’effort de maitriser cela est un pas décisif et marquant……réapprendre cela en parlant autrement à nos enfants n’est pas un combat d’arrière garde, un retour sur le passé, mais un réajustement !!! Tant le verbe et l’acte restent liés et s’inter construisent. Etre dans la parole pensée, remplie à ras bord de son sens, réfléchir avant de dire devient alors réfléchir avant de faire. Dérisoire hein, mais je suis sure que c’est un premier pas…..
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