Plume de sucre, plume de sel !

Vendredi 9 avril 2010 5 09 /04 /2010 06:39

 

Il y a des mots comme cela qui sont tellement usités qu’on finit par avoir du mal à les imager, à leur donner un contenu, une substance. Violence est de ceux-là. Sans doute ne se passe-t’il pas un jour sans qu’on entende ce vocable qualifier un acte troublant : agression, injures, guerre, attentats. Des faits marquants, spectaculaires, mais aussi des actes du quotidien marqué à sa manière du même sceau. Le problème étant que tout étant qualifié de violent, rien ne le parait plus vraiment. Et, dans ce melting pot de  choses où le très grave côtoie l’anecdotique, le mot se dilue, s’affadit et surtout se banalise. Et de ce fait, les choses nous paraissent rapidement moins graves, normalisées. Des images confuses se profilent dans nos imaginaires, sans nous toucher vraiment.

Je ne sais pas à quel degré d’horreur il faudrait atteindre pour que les gens ne haussent pas les épaules en disant « c’est comme ça » ! Le bombardement d’images choquantes, photographiques ou télévisées est tellement intense, les superlatifs qualifiant les attentats suicides, les tueries, les viols, les assassinats tellement codés, le cinéma d’action a tant étanché notre malsaine soif du sanglant, du visqueux, et du terrifiant, qu’un docteur Mabuse serait pris aujourd’hui pour un gentil fantaisiste, et Staline pour un pantin !!!!

Et petit à petit l’idée d’une société big brotherisée, où des caméras silencieuses traqueraient le délit et où des nurses électroniques contrôleraient les faits et gestes de nos bambins et de leurs accompagnants fait son chemin !!!  

Le corollaire de ce glissement de sens est notre incapacité globale à y répondre et notre ambivalence amusante : nous détestons les gendarmes, mais aimerions bien qu’ils soient derrière nous pour nous protéger ! Nous désirons la liberté, mais sommes tout prêts à déléguer les responsabilités qui nous incombent pour cela dans notre vie d’adultes et de parents, à d’autres réputés plus aptes ! Nous nous plaignons de la violence, mais combien d’entre nous réfléchissent sur celle qu’ils exercent à leur façon sur autrui dans l’exercice de leur métier, de leur autorité de parent, avec leur conjoint, leur famille ? Pour moi, la toute première violence réside dans le mot. L’injure précède le poing et en est déjà un, lancé à pleine force dans la figure d’autrui……………faire l’effort de maitriser cela est un pas décisif et marquant……réapprendre cela en parlant autrement à nos enfants n’est pas un combat d’arrière garde, un retour sur le passé, mais un réajustement !!! Tant le verbe et l’acte restent liés et s’inter construisent. Etre dans la parole pensée, remplie à ras bord de son sens, réfléchir avant de dire devient alors réfléchir avant de faire. Dérisoire hein, mais je suis sure que c’est un premier pas…..

 

Par Phédrienne - Publié dans : Plume de sucre, plume de sel !
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Partager    
Lundi 12 avril 2010 1 12 /04 /2010 08:08

 

Mystères et magie des technologies modernes, quand elles sont contrecarrées par la volonté humaine ! Ainsi, un périple « weekendal », joyeusement prévu depuis des mois, s’est-il transformé en cauchemar ferroviaire d’un seul coup de baguette de madame grève ! Soyez rassurés, je ne vous prépare nullement de petit billet aigri et vinaigré sur les cheminots et l’incurie des administrations !

Mais vous invite à partager un instant de pur délire digne d’un scénario !

Or donc, hier soir, dument chargée d’une valise lourde et lestée de  deux nuits sans sommeil, je me préparais à monter dignement à l ‘assaut de mon deuxième train du jour, ma précieuse ligne directe inter provinces ayant été annulée une seconde fois ! Pas le choix, ruée sur le premier wagon du TGV, posté gentiment sur le quai, et dans lequel je monte victorieusement la première, bientôt suivie d’un petit monsieur calme  nanti d’une barbiche balzacienne !

Je m’écroule et me cale dans le fauteuil, où je vais enfin pouvoir dormir, le premier trajet ayant été effectué de guingois sur un strapontin, les jambes coincées sous une valise !

Las, quelques secondes plus tard, le wagon se met à trembler et vibrer sous l’assaut de dizaines de jambes poilues et vigoureuses ! Deux équipes de rugby de retour de match, prennent le wagon d’assaut, empilent leurs valises en deux fractions de seconde et se répandent comme la peste !!!! En un instant, il y en a  partout ! Postés sur les marches, debout en sentinelles le long de l’escalier ! Répandant de vigoureux et mâles effluves de saine transpiration. Impossible de rebrousser chemin et de changer de rame ! Anéantie sur mon siège, je contemple avec un œil de chouette égarée le black géant et carré qui vient de rétrécir l’espace en s’asseyant en face de moi ! Le train démarre à l’heure, prouesse héroïque, et le spectacle commence !  

De beaux chants balancés montent dans le wagon, braillés par ces gaillards poilus et hirsutes, dont certains portent des éraflures ou des cocards !

Ca tape du pied, ça vocifère et hurle de rire, les bières circulent, et ça commence à chauffer ! Tant et si bien que, dûment émoustillés par leurs camarades, quelques gros bébés musculeux se sont retrouvés….tout nus dans le fond du wagon; sous l’œil éberlué des 6 « touristes » que nous étions !

Vous me croirez si vous voulez, mais après quelques instants de break down total, votre servante s’est calée droit sur son siège, a sorti un manuscrit et un stylo, et pendant deux heures, au milieu des chansons obscènes scandés jusqu’à l‘extinction de voix et des déshabillages, a travaillé sans sourciller, provoquant la stupeur totale des gars qui passaient dans la travée et pour qui, du coup, je suis devenue……une extra terrestre !

 

Par Phédrienne - Publié dans : Plume de sucre, plume de sel !
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Partager    
Samedi 17 avril 2010 6 17 /04 /2010 07:53

 

Hier, promenade aux confins de Miribel près d’un plan d’eau mythique aux couleurs de lagon, vaste lieu sauvage où se perchent des hérons cendrés et où les libellules fleurissent au printemps.

A ma grande horreur, au détour d’un chemin herbu et étoilé de fleurs, je découvre des tractopelles et des souches entassées ca et là, sur un triste désert de friches.

Une des rives du lac a été littéralement rabotée de ses arbres et saigne, tranchée de terre coupée à vif, et dont la couleur rouge se reflète dans les eaux ; quel projet monstrueux a bien pu fleurir dans la tête de nos édiles, si ce n’est d’aménager surement quelque voie bétonnée pour acheminer au plus près de paresseux urbains qui ne conçoivent la nature qu’à portée de voitures, avec de l’asphalte bien lisse pour y promener leur chien ? Vision peut-être égoïste pour ma part, mais je ne connais que trop, pour l’avoir vécu en Banlieue parisienne sur les bords de la Marne, la triste fin  des lieux de nidification mais aussi de pêche, quand les hordes de promeneurs du dimanche viennent déferler avec pique niques, détritus, et monoxyde de carbone.

Quand comprendra-t-on que réconcilier l’homme avec la nature d’où il vient, ne doit pas se faire au détriment de cette dernière ? Quand comprendra- t’on que cette nature s’apprécie mieux quand on patauge dans les herbes, en se griffant un peu, quand on  doit marcher sous le soleil pour accéder enfin à un site enchanteur, quand on connait la joie de ne rien déranger, rien abimer ? Quand s’étant assis dans le silence, on voit revenir vers soi, après quelques instants de panique, oiseaux, libellules, papillons, qui savent ne rien craindre et du coup vous intègrent, joie immobile et profonde du non prédateur ?

Je n’ai trouvé nulle part de panneau nommant les acteurs de ce désastre annoncé, auprès desquels, et même si c’est un combat donquichottesque (j’ai l’habitude) j’aurais été déversé ma colère !

Mais j’ai le cœur serré, vraiment, à ces travaux ridicules qui enlaidissent sans fin des paysages jusque là rescapés de notre tendance à tout bitumer, triste trophée de la bétise….

 

 

 

 

Par Phédrienne - Publié dans : Plume de sucre, plume de sel !
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Partager    
Mercredi 21 avril 2010 3 21 /04 /2010 08:19

 

canard-copie-1.jpg

 

En regardant cette mère prendre soin  de sa progéniture alors que ma barque s’approchait trop près, un tas de réflexions saugrenues me sont venues à l’esprit. Souvent et presque toujours, on nous rabâche que l’amour maternel chez l’animal relève du seul instinct et non de l’affect.  L’espèce humaine serait la seule où le manque d’amour ne peut jamais être suppléé par le seul matériel, où l’éducatif assoit sa base sur les émotions et les sentiments. Il  y a quelques jours, j’ai ainsi assisté à une scène de prédation assez spectaculaire. Une flottille de canetons à peine nés passait paisiblement le long d’un fourré derrière lequel un héron cendré se tenait sur une patte, parfaitement immobile. En un éclair, il a jailli, s’est saisi du premier caneton et s’est enfui.  Maman canard, après deux secondes de panique a réuni le reste de la troupe calmement et a repris son chemin. Savait-elle en fait le nombre exact de ses petits ? Qu’est-ce cela avait généré en elle ? Mystère pour ma part ! Peut-être s’était-il juste passé dans sa vie un accident hors norme, une chose qui avait simplement déréglé une mécanique, laquelle s’était remise en marche,  mue par un automatisme plus fort que les aléas. Peut-être qu’un chagrin « canardesque » n’existe pas !

Je me suis alors demandé, ce qui dans l’amour des hommes pour leur progéniture relève de cet instinct, et ce qui relève davantage de la socialisation,  peut être même des habitudes. Ce qui relève de la liberté d’être, de la spontanéité et ce qui relève d’un formatage de l’esprit et des sentiments. Question apparemment saugrenue mais je n’ai  jamais oublié le très beau livre d’Elisabeth Badinter, l’amour en plus, où elle expliquait contre toute attente que l’amour maternel a lui aussi son histoire, qu’il ne s’est pas exprimé de la façon que nous connaissons (qu’on nous impose ?) depuis le début de notre apparition sur terre, loin s’en faut ! En regardant autour de moi, j’ai vu souvent se jouer le difficile jeu relationnel entre parents et enfants,  et la valse hésitation de sentiments qu’on nous dit pourtant ancrés, indéracinables, mais qui chancellent parfois pour des riens, une incompréhension, un sentiment de possession inacceptable,  et la déception engendrée malgré nous quand l’enfant s’affirme comme un « je » qui ne peut jamais en aucun cas être le reflet d’un « soi » ! Comme l’a si bien exprimé un de mes amis, le désir d’enfant est le désir le plus profondément  égoïste qui soit ! Quelle que soit la raison pour laquelle il nait (archaïsme animal, instinct de vie, refus de la mort etc), je partage ce  point de vue, ayant goûté dans mon être et ma propre chair cet appel aussi criant qu’inexplicable…. !

Et c’est sans doute ce qui nous protège d’une sur intellectualisation des choses qui occulterait les désirs et empêcherait l’expression libertaire de la vie !!! Voilà ce à quoi je pensais, alors que je faisais repartir la barque à reculons, pour permettre à cette maman là, que son compagnon réprimandait à grands cris de n’avoir pas réuni ses petits sous ses ailes, de retrouver le calme de son foyer aquatique !!! Comme quoi, le spectacle d ela nature est toujours porteur de leçons……………  !

 

 

 

Par Phédrienne - Publié dans : Plume de sucre, plume de sel !
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Partager    
Jeudi 29 avril 2010 4 29 /04 /2010 13:17

 

Jesus.jpg

 

La nature est un objet de débat passionnant et sans fin. Autour de la photo et de l’écologie s’affrontent souvent des théories qui donnent une drôle de vision de la façon dont nous appréhendons les choses. Un certain courant écologiste vise à la préservation des espèces et des états sans tenir compte de la nécessaire évolution du vivant et en donnant l’impression d’une datation au carbone 14 d’un âge édénique de la planète qui est sans doute une pure illusion de l’esprit ! D’autres proposent un protectionnisme qui est aussi réducteur de libertés, une nature parquée, signalisée, compartimentée devenant un  pur produit de civilisation. Le tout fonctionnant en antinomie et controverse plutôt qu’en partage d’idées autour d’un même  objectif. A quand une réflexion ouverte sur le sujet ?

En photo,  le débat est somme toute assez similaire. Les tenants de la photo naturaliste pure et dure jurent par la restitution, une forme de nomenclaturisation  à la Buffon, un recensement imagé de la nature, qui doit être exprimée  en justesse de couleurs et en netteté d’images,  sans lesquelles il n’y a point de salut.  La recherche d’une expression plus artistique devient alors une forme d’hérésie, de perversion de l’esprit, voire une trahison  de la planète, au motif que celle-ci existerait par elle-même, entité sauvage et vierge en opposition  à l ‘homme policé et destructeur. C’est oublier un peu vite que la nature c’est le vivant, ce qui présuppose une interaction continue de ses différents acteurs et partant de là, une transformation constante. C’est oublier surtout les conditions de notre appréhension des choses, qui passent non seulement par les sens, les perceptions,  mais aussi par l’apprentissage, l’imprégnation des valeurs qu’on nous donne !  Evoluer, grandir, c’est ne pas oublier qu’en dehors de nos frontières existent d’autres monde, d’autres univers à la codification différente. Ayant un autre langage. Ne pas tomber dans le piège des idées toutes faites et jamais remises en cause permet de se délivrer l’esprit de modes de faire et d’être qui au final figent la création, l’expression dans un moule.  Et ne nous permettent sans doute pas de respecter tant que cela notre environnement, les partis pris et prises de position jusqu’au boutistes entrainant des mesures qui ne le sont pas moins !

Au final, qu’est ce que la nature ?  Je crois que nous n’en savons rien ! Que ce grand terme générique est devenu un fourre-tout facile à mettre sous son bras pour partir en guerre avec des idéologies qui oublient le réel et ses aspects multiformes. J’attends pour ma part des amoureux de la nature et des photographes, un chemin autre, plus ouvert, moins terroriste ! Davantage marqué par la compassion, l’écoute de l’autre que par une volonté d’avoir raison ! J’attends un peu de souplesse et d’intelligence, juste un peu, y compris de moi-même, qui ne puis m’exclure de ces excès tant je suis souvent (toujours ?) passionnée et opiniâtre !  J’attends  que la nature ne soit plus traitée comme une déesse païenne  mais comme une entité vivante et simple à vivre sans sacrement !  

 

 

 

Par Phédrienne - Publié dans : Plume de sucre, plume de sel !
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Partager    
Mercredi 5 mai 2010 3 05 /05 /2010 07:29

 

« Deux voix différentes nous appellent sans cesse. L’une du dedans, l’autre du dehors.  Celle qui appelle du dehors, c’est le devoir quotidien. Si la partie de l’esprit qui répond à l’appel du devoir correspondait exactement à l’appel du dedans, c’est alors qu’on connaitrait le bonheur suprême. »

Yukio Mishima

 

Cette citation me renvoie  aux histoires qu’on me raconte, aux histoires que je me raconte et à ce que je crois ; L’illusion de la liberté, du libre choix qui nous fait pérorer et revendiquer un agir seulement mû par notre volonté, alors qu’y interférent ce subtil amalgame dressé en nous par l’éducation, notre parcours de vie, le jugement d’autrui. L’incapacité que nous avons à défaire les nœuds de notre vie…je n’y ai pas échappé non plus jusqu’à  faire exploser toute mon existence, à littéralement en faire imploser le cadre pour une idée, des sentiments, une foi en un autre possible…et je ne le regrette pas, ayant l’impression d’habiter quelque part où j’approche une forme de vérité de moi.

Mais libre, je ne le suis pas non….incapable que je suis de ne pas être dépendante de la vie d’autrui, de ne pas me plier à ses diktats au moins un peu. Dichotomie difficile qui me met très mal à l‘aise, en porte à faux avec moi–même sur les routes fragiles que j’emprunte… dichotomie qui me fait regarder avec stupéfaction ceux qui m’entourent dans leur illusion pleine de ne pas avoir de chaînes que moi je vois si bien, épaisses et engluantes, resserrées comme des étaux et qui essoufflent au quotidien un vouloir, un enthousiasme, une capacité à se battre.

Alors que faire ? Assumer ce côté petite chèvre de Monsieur Seguin qui me fera lutter avec le sourire jusqu’au lever du matin, refuser,  refuser encore un principe de réalité de vie dans lequel moi , je ne vis définitivement pas, le bien pensé, le propre, mais aussi la peur paralysante que je sens autour de moi dès qu’il est question d’être maître et auteur de sa vie…l'appel du dehors car il est surtout riches en artifices, en commodités pour se voiler la face, s'excuser de ne pas vivre en homme, mais en enfant que l'on surveille et conduit.  Moi, je veux entendre et faire vivre cet appel du dedans, ce cri primal et solitaire, étincelant de tendresse de vie, et qui l'approche tellement !

 

Par Phédrienne - Publié dans : Plume de sucre, plume de sel !
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Partager    
 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés