
Une atmosphère étrange, émane d’une des estampes tirées de « Paysages de neige de Utamaro ».
Deux femmes apprêtées, parées, semblent sur le point de sortir d’une maison, sans doute un lieu de plaisir, une maison de thé. On devine derrière le paravent qui les en sépare, des ombres
assises, autour desquelles d’autres ombres s’affairent ; on croit même entendre un brouhaha, des éclats de rires.
Elles, complices, silencieuses, conspirent cette sortie licite, ou illicite, cachée, vers le froid qui attend dehors ; L’une d’elle, la main sur la poignée se penche, attentive,
tendue vers la nuit froide. L’autre parait frileuse, ses deux mains cachées dans sa tenue, ses épaules un peu rentrées comme pour se protéger.
Au jeu des lignes graphiques du shoji qui laisse transparaitre les silhouettes des convives, répond la grâce des branchages nus juste dessinés, les plis doux et moelleux des kimonos
descendant sur les deux femmes graciles, l’intemporalité de cet instant suspendu entre le vide de la nuit, et le plein de la vie qui attend derrière
le paravent orné. Elles portent sur leurs visages maquillés, raffinés, cette expression complice d'enfants qui vont faire une bêtise, une complicité, mais le peintre les a figés là, sur cette
frontière invisible qui sépare l'intention de l'action.
Tout semble possible, l’estampe dessinant le début d’un scénario aux
ouvertures multiples, suspendues à l’envie, au désir de ces femmes énigmatiques qui semblent arrêtées juste sur un fil entre lumière et froideur. Oseront-elles, tenteront-elles l’aventure, la
menace ou au contraire l’attrait de la nudité, et du silence de la simplissime nuit hivernale ? Retourneront- t’elles vers le feu, le thé brulant que l’on devine sur la table, le jour ?
Impossible de savoir et c’est ce qui fait tout l’intérêt et la finesse du dessin qui laisse ouvert tous les possibles, avec ce raffinement sobre, cet art de dire l’indicible si particulier à
l’Asie…
A découvrir et à déguster lentement
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