Je me pénètre de ton visage

Où lentement je me couche

Où, souvent, je pars en voyage,

Du pays de tes yeux

Aux rives de ta bouche

Je sais des sillons noirs

Des montagnes améthyste

Des prairies d'émeraude

Et des orchidées bleues

Cachés comme des offrandes

Offertes à un dieu

Da,ns le pli de ton cou

Les lignes de ton front

Les collines ombeuses

De tes joues, du menton

Où tremblent des fossettes

En virgules de chair

Je sais dans les vallées

De ton corps, repaire

De mes jeux insouciants

Immoraux et pervers

Trouver l'eau et le feu

Le soleil et la nuit

Les étoiles encloses

Des mondes infinis... 

 

 

 

 

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Il viendrait  à manquer le grand souffle de la mer

Et les syllabes martelant toutes les dunes des déserts

Le vent balayant dans ses grands bras agiles

La poussière des temps, les idées volatiles

Il viendrait à manquer la caresse des voix

Ouvrant des trouées d’or dans l’ombre de la nuit

Aveuglant à jamais les espaces infinis

Du tempo percutant de leurs rythmes bénis

Il viendrait à manquer ce qui respire

A l’unisson de la musique

Ce qui soulève ma poitrine, ce qui exhorte ma colère

Il viendrait  à manquer mes impatiences vaines

Lorsque j’attends ainsi que les couleurs reviennent

Et qu’une seconde s’enfuie, que ma main égratigne

Parce que je veux tout tenir et encore retenir

Les impressions fugaces du plaisir

Les sensations vivaces des flux et des reflux

La vie qui s’évapore comme des bulles de champagne

Et dont du bout de ma langue je cueille

Cueille, goûte et recueille et regoûte encore

Toutes les saveurs d’ambre, et de bronze odorant

Pour faire l’amour à la mort…

Pour faire l’amour ...à la mort ….


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Dans ma boite aujourd’hui

Des mots se sont posés

Parfumés à l’anis, au candy et rosés

Comme des fruits délicats et sucrés.

Fils tendus, insoumis

Aux bêtises saillantes,

Dans cette marée de mots

Migrant sur la toile assassine,

Leur douceur imprévue

Me met l’âme en transes !!

Souvent, retenant sur la langue

Le vocable béni, celui qui peut

Charnu et drôle, pensé et consenti,

Ouvrir dans notre dos,

Des ailes de plaisir,

On se tait !

Oubliant que le verbe,

Caresse de l’instant,

Laisse dans son sillage

De délicieux présents,

Dont celui de dire à l’autre,

Tu existes, et moi, je le sais !

 


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Proust.jpg «  Mais plus loin il aperçut un lilas tendant sur les nerfs de son bois printanier ses fleurs, légères comme une farine violette et qui pullulaient douces et nombreuses comme les fines boucles d’une tête antique ». Jean Santeuil – De l’amour – Marcel Proust

Je ne suis pas une inconditionnelle de Proust, ni même une fine connaisseuse  et n’entrerais jamais dans un débat d’experts sur ce thème ! Que les spécialistes ne s’offusquent donc pas de cette intrusion hérétique dans leur sanctuaire !   Je sais que les purs proustiens dédaignent cet essai de roman inachevé, considéré comme une sous production, et pourtant !!! Composés  lorsqu’il était dans sa vingt-quatrième année, ces longs développements portent en  germe toute la recherche ! Mieux, ils donnent, par ces descriptions et incises subtiles et si déliées dont Marcel a l’apanage, sa vision ultra personnelle et sensible du monde autour de lui.

L’avez-vous remarqué ? Peu d’entre nous savent regarder au-delà du regard : s’acharnant au spectaculaire et à l’évidence, pressés de collectionner les images choc et retentissantes ; mais lui, prenant tout le temps de se laisser transpercer par ses émotions, laissant l’affect travailler en profondeur, savait goûter et restituer d’une façon incomparablement précise et raffinée, les subtilités et les couleurs des paysages et des gens autour de lui. Opérant, en véritable précurseur de la psychologie analytique, un lien évident, une connexion entre le dehors, visible, et le dedans, indicible…Cela peut paraitre superflu et ridiculement précieux, anachronique, mais lorsque qu’on voyage dans ces phrases véritablement hypnotiques, ces phrases si longues que pour les dire à haute voix, il faut comme un athlète préparer son souffle, c’est dans un paysage peint, une véritable toile de maître que l’on descend, où on peut se laisser aspirer, dissoudre, avant de revenir, muet et secoué, dans la réalité de notre temps….

La musique de Proust, comme la sonate de Vinteuil (  ) est pareille à nulle autre, et ne serait-ce que pour cela, cette expérience quasi intemporelle, je me suis laissée bercer, moi, tout au long de ces 900 pages incroyables, comme dans un bateau ivre, inscrivant son sillage hors du temps…

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Je te peindrais en ocre brune

L’ombre de tes mains serrant la lune

Et son croissant jaune indien

Dans un indigo soyeux

Je tisserais ta voix

Et regarderais s’épanouir

La ligne de fuite de ta silhouette

Ecumant d’outremer le lointain

Cueillant en noir d’ivoire

Tes cheveux dans ma paume

Ton regard malachite

Et tes lèvres cinabre

J’offrirais l’azurite

La terre de Vérone

Et la terre de Chypre

Sous tes pas fatigués

Comme on peint une toile …


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