Carnet de lecture

Vendredi 28 novembre 2008 5 28 /11 /2008 07:55

  Claude Lévi Strauss  a 100 ans aujourd’hui ; Au delà de l’âge remarqué, il faut lire et relire les ouvrages très accessibles de ce philosophe, anthropologue et ethnologue français, grand redécouvreur des peuples oubliés, des ethnies restées jusque là invisibles aux yeux du monde, et qu’il s’est efforcé de comprendre dans leurs mœurs et pratiques culturelles et religieuses.

Bien sur, avec le recul, on peut se demander  s’il n’aurait pas fallu laisser définitivement dans l’ombre ces tribus restées certes primitives, mais à l’abri des désordres civilisationnels. L’homme moderne n’étant guère capable d’admirer sans prendre, de tolérer sans vouloir contraindre à changer des hommes restés libres de leur vie et de leur éco système.

Ce qu’il faut retenir de l’homme, est son exemplaire courage et audace à avoir franchi seul, à  une époque où les expéditions recelaient des dangers très palpables, des territoires inexplorés et hostiles à l’homme blanc inexpérimenté.

Mais c’est surtout le regard humain, et profondément sensible de l’homme et du savant, qui a révolutionné à sa façon l’anthropologie, jusque là cantonnée dans un registre sec et descriptif.

Dans son œuvre phare, Tristes Tropiques, publiée en 1955, après sa découverte des indiens Bororos, l’auteur ne se contente pas d’apporter force détails sur la vie et la structure de cette tribu. Il comprend, tout premier de son espèce, qu’il convient alors de se mettre dans une autre unité spatio temporelle, de se déshabiller l’âme de sa peau d’occidental pour mieux comprendre et restituer.

Autant carnet de voyage que rapport détaillé, son livre ne fait pas l’impasse sur ses impressions et ressentis, donnant un caractère très humain et sensitif à ce qui aurait pu être un énième traité sec. Sa célèbre phrase d’introduction « je hais les voyages et les explorateurs » doit être entendue comme un refus de l’exotisme bon marché et du sensationnel, mais aussi de la recherche des stéréotypes folkloriques auxquels se complaisent les occidentaux face à ce qui les dépasse.

Mais Lévi-Strauss va bien au-delà en dénonçant l’impact destructeur de l’homme civilisé sur ces peuples restés vierges, et qui selon lui, montre surtout « notre ordure lancée au visage de l'humanité » !

Un constat désabusé, d'où le titre, mais aussi un manifeste de respect et de tolérance affichée.

Un très grand monsieur, donc, à découvrir ou redécouvrir absolument.

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Claude_L%C3%A9vi-Strauss

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Vendredi 13 février 2009 5 13 /02 /2009 14:06


L’historien américain Jared Diamond  a écrit un ouvrage controversé qui s’intitule « De l’inégalité parmi les sociétés (essai sur l’homme et l’environnement dans l’histoire) ». Dans cet essai, il tend à expliquer pourquoi l’Europe a réussi à imposer une domination à l‘aide de trois fléaux majeurs, les armes, la technologie et les épidémies. Et explique aussi à l’aide de différents exemples, comment des sociétés puissantes ont pu néanmoins disparaitre de l’histoire de la terre. Ainsi en est–il des vikings, peuple puissant, guerrier, en pleine cohésion sociale, qui échoua à s’implanter dans le Groenland et disparut de ces frontières. Pourquoi ? Parce que ce peuple assis sur des siècles de domination et des valeurs sociales cohérentes sous certaines latitudes fut incapable de s’adapter aux conditions climatiques, au milieu nouveau et refusa catégoriquement de changer ses habitudes sociétales et alimentaires. Parce que l’homme, une fois sa conquête et son hégémonie établies ne saurait pas au final  se fondre, s’acclimater, préférant à chaque fois essayer en vain de plier hommes et habitats à des valeurs inadaptées.

Ce débat et cette vision sont évidemment bien loin de faire l’unanimité parmi les spécialistes de l’histoire et de l’écologie. Mais, même s’il ne s’agit que d’une piste, elle vaut peut-être que l’on s’y arrête un peu. Elle semble refléter étrangement les mini apocalypses cycliques auxquelles on assiste sur notre planète. Entre gaspillage de l’énergie, saccage de la faune et de la flore, pollution des eaux, surexploitation des terres et autres effets de serre, il semble que l’histoire ou plutôt les histoires ne nous apprennent rien. Est-ce parce que la durée de vie d’un être humain, d’une génération est si courte qu’elle ne lui permet pas de se projeter, d’anticiper ? Est-ce un égocentrisme forcené qui joue au final au détriment de son intérêt propre, puisque nous savons aujourd’hui, avec l’avancée de la science et la circulation des informations, qu’un acte perpétré à un bout de la planète concerne le monde entier ? Il sera bien difficile d‘apporter une ou des réponses qui ne soient pas discutables. Et surtout révisables au fil du temps.

Et, au final, c’est peut-être ce qui reste rassurant au milieu du catastrophisme ambiant que l’on sert à tous les étages : la vision d’une vie qui a toujours gain de cause et évolue sans cesse, avec une force et une réactivité qui nous échappent !!!!

 

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Dimanche 28 juin 2009 7 28 /06 /2009 08:00

Sur les conseils d’une amie coach, je lis activement en ce moment, « Trop intelligent pour être heureux ?» de la psychologue Jeanne Siaud-Facchin, concernant les adultes surdoués et non détectés. Rassurez-vous, je ne me retrouve pas dans le pré diagnostic, souffrant moi plutôt de ne pas avoir assez d’intellect à mon gré !

Mais ce qui a retenu mon attention dans ce livre est qu’elle y désamorce bon nombre d’idées reçues sur la définition de l’intelligence, et apporte donc un champ ouvert à la compréhension et contre les stéréotypes.

Comme beaucoup de ses pairs, elle souligne la plasticité aujourd’hui reconnue du cerveau, lequel ne s’étiole pas au fil des ans mais garde intacte la capacité de connecter et de produire de nouveaux neurones quasi à l’infini pour peu que l’on s’intéresse et que l’on soit curieux, réfléchi, ce qui est avant tout une question de volition. Elle y rapporte aussi le fait que notre cerveau est actif à 100 % de son potentiel, mais que 10 % environ sont « suractivés "sur le moment, lorsqu’on nous nous attelons à une tâche particulière, le reste de la machinerie fonctionnant en souterrain, mais sans arrêt. On est bien loin du postulat d’un homme ne sachant pas se servir de sa tête par ignorance !

Enfin,  elle  apporte un éclairage éblouissant sur une donnée toujours absente des livres de Qi et autres blablateries sur l’intelligence en y introduisant la dimension affective et sentimentale. Non, l’homme intelligent et le surdoué ne sont pas des intellectuels froids, rancis, non émotionnels. C’est justement le contraire ! L’acuité de leur esprit repose sur une hypersensibilité, une hyper émotivité qui les rend aiguisés à tout, là où l’homme du commun passe son chemin, se cantonne ! Loin de l’amoindrir, ce soubassement est essentiel et favorise des idées, l’accomplissement d’un chemin, et devrait permettre aussi un certain accès au bonheur, si et justement si ces gens ne se voyaient pas constamment caricaturés, incompris, niés, voire moqués. Et étaient aimés pour ce qu'ils sont ! Non pour ce qu'on voudrait qu'ils soient !

Voilà qui  a de quoi faire réfléchir, justement, mais qui a de quoi réjouir ! Nous sommes aux antipodes de la vision d’un homme machine, car le facteur justement aléatoire de cet affect, comparé à la rigueur d’un ordinateur, est ce qui donne l’imaginaire, la créativité, qu’aucun appareil même archi dopé ne pourra atteindre.

L’homme intelligent, mais aussi sensoriel et affectif, voilà un domaine dans lequel je veux bien être qualifiée de surdouée, moi, ou y atteindre, et je persiste et je signe !!!!


Trop intelligent pour  être heureux ? L'adulte surdoué
Jeanne Siaud-Facchin Editions Odile Jacob

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Vendredi 31 juillet 2009 5 31 /07 /2009 07:56


De 1904 à 1806, Meriwether Lewis et William Clark conduisent sur les ordres du président Jefferson, la première expédition à traverser les Etats Unis jusqu’à la côte pacifique.

Le groupe, d’une quarantaine de personnes, aidée par une indienne devenue mythique, Sacagawea, portant son bébé dans son dos, va affronter durant ces deux années les pires dangers et privations, intempéries, faim, froid, attaques d’ours et de bisons. Le récit de cette épopée est évoqué à merveille par l’auteur Françoise Perriot, dans son livre « Sur les routes de l’ouest » qui en a suivi les traces et mélange habilement son propre périple, et le leur. Un incessant va et vient de temps au fil de pages très joliment illustrées de paysages, de portraits d’indiens, mais aussi des dessins d’époque ,  ainsi que des extraits des journaux de bord des capitaines.

Ce qui frappe au premier chef dans ce récit épique, est le courage simple et extrême des hommes, soudés jusqu’au bout autour de leur mission, affrontant sans se plaindre des conditions qui feraient hurler tout explorateur de nos jours.  L’inadaptation des moyens à un sol totalement  inconnu, à un climat différent, la méconnaissance des habitants indiens et de leurs mœurs n’ont pas entamé le moral de la troupe décidée à aller au bout.

Autre mystère, qui a gardé toute sa saveur, le personnage de Sacagawea, indienne shoshone  enlevée à sa tribu d’origine et mariée à une brute, unique femme acceptée dans le corps d’expédition, et qui stupéfiera ces militaires par son courage sans failles, et son endurance. Nul ne sait quelles ont été les pensées et les rêves de cette jeune femme embarquée dans une histoire abracadabrante, et qui occupe en filigrane, de son ombre mystérieuse, les pages de ce beau livre.

A déguster en rêvant à des horizons lointains  par ces temps de transhumance un peu ovine, pour retrouver la trace des ours et des indiens !

Sur les routes de l’ouest – Françoise Perriot – Editions le pré aux clercs




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Mercredi 19 août 2009 3 19 /08 /2009 10:33


Si je devais rêver un livre de voyage, qui donne à sentir, à palper la réalité invisible des lieux et des gens, je rêverais aux Chroniques Japonaises de Nicolas Bouvier, écrivain, photographe et voyageur impénitent. Ça peut paraître étrange de parler ici d’un auteur disparu depuis 1998, alors que fleurissent dans les librairies nombre d’ouvrages d’écrivains voyageurs. Mais justement, le paradoxe est qu’il ne suffit pas d’écrire pour être un écrivain ! Et qu’un carnet de bord habilement agrémenté de photos et de dessins ne fait pas forcément une œuvre, mais un témoignage, ce qui pour moi est différent.

La, nous avons la patte, la sensibilité, l’intelligence, la culture et l’humour, réunis dans une chronique anachronique si je puis dire, qui enchante par sa capacité à restituer par touches sensibles et colorées, bien plus que des paysages ou des coutumes. C’est l’âme d’un peuple à l’histoire tiraillée que Nicolas nous livre à sa façon, tout en ne prétendant jamais savoir, ni imposer. Entre l’attirance qu’il éprouve devant cette civilisation si particulière, dont il nous livre les spécificités mais aussi l’histoire qu’il connait bien, et un agacement amusé mais palpable à ses contradictions et une forme d’arrogance, c’est toute l’ambigüité d’une nation prise entre passé et futur qui se montre sous des facettes inattendues.

Et on voudrait que ce voyage là,  décalé et iconoclaste, qui ne tombe jamais dans les clichés attendus sur le théâtre No et autres kamikaseries ne se termine pas….. un plat de gourmet à consommer à petites bouchées gourmandes….

Les œuvres complètes de Nicolas Bouvier ont été réunies  en un beau volume paru aux éditions Gallimard, ne vous en privez pas !



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Lundi 31 août 2009 1 31 /08 /2009 07:42


Nancy Huston est une femme de courage et d’intelligence. Dans son essai, l’espèce fabulatrice, elle s’attaque au cœur de ce qu’est l’espèce humaine, qui s’invente et existe par les mots, autrement dit la fiction.

Avec des exemples concrets portant sur la généalogie, la transmission du nom, l’histoire au sens large, Nancy démontre brillamment que l’homme doit sa spécificité mais aussi sa perdurance dans l’histoire de la vie, par sa capacité à imaginer sa vie et non à la vivre comme les autres animaux, en n'ayant conscience ni de son identité ni de sa prochaine disparition.

L’homme selon Nancy est hanté par la perspective de sa fin ; Il sait qu’il est voué à mourir, d’où l’urgence de mettre autour de cette vérité là, incontournable et irrecevable, un sens, une légitimité qui redonne espoir, qui mette en perspective aussi.

Notre existence ne possède aucun sens en soi, c’est nous qui le créons lorsque nous racontons à nos enfants l’histoire de leur famille, transposée et réinventée sans que nous en ayons conscience. Lorsque nous nous appuyons sur notre patrimoine culturel et historique présenté comme factuel et qui n’est qu’une gigantesque interprétation du réel.  

Avec lucidité, humour et une grande finesse, Nancy démontre aussi que ce qui pourrait apparaitre comme une faiblesse, une incapacité est ce qui donne à l’humain sa force de vie. Sans cette aptitude narrative merveilleuse, l’homme aurait été voué à disparaitre comme d’autres espèces avant lui. Le plus de ce livre concis et brillant, qui se dévore ? la grande leçon de tolérance qui transparait en filigrane des mots et qui incite à dépasser intelligemment les clivages raciaux sociaux et les conflits ethniques…..un petit livre qui est un grand livre !



Nancy Huston - L'espèce fabulatrice - Actes Sud
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