Plume de sucre, plume de sel !

Vendredi 14 décembre 2007 5 14 /12 /2007 20:49

mes-yeux.jpg

 



Depuis que je suis enfant, j'ai posé sur les êtres et les choses un regard décalé, incompréhensif et curieux; ce que l'on me disait beau ne me paraissait pas toujours tel! Ce que l'on me disait laid avait parfois du charme à mes yeux, tel assemblage de teintes jugé criard ou vulgaire était simplement un ravissement à mes yeux. Mais je me taisais! Gardant pour moi mes goûts intimes pour ne pas paraître bizarre.

Il fallait se conformer et apprendre, le calibrage de la beauté esthétique répondait à des canons intangibles, adoubés par des armées d'experts; Comme tout le monde, j'ai donc arpenté les couloirs parquetés du Louvre et tiré la lippe devant des maitres hollandais tristes à mourir, des montées en croix, des crucifixions sanglantes, des anges délavés, des madones insipides, des natures tellement mortes qu'elles vous retiraient le goût de la chair et des fruits.

J'ai contemplé d'un oeil torve la Joconde minuscule et son absence de vrai sourire et regretté l'absence de bras de la Vénus de Milo.

Pour découvrir soudain, avec un ruissellement de bonheur dans le coeur et une émotion sans pareille, tout à coup au détour d'un couloir La statue, Le tableau, parfois accroché juste dans un coin, posé comme par regret sur un socle reculé, et ça vous avait un modelé , des couleurs, une rotondité, une texture, un sens! Unique à mes yeux et à mon âme, comme si tout à coup, il y avait une correspondance mystérieuse entre moi et ces oeuvres juste celles là.

Puis, il y avait les trésors somptueux et simples du dehors, la nature dans son ensemble, tel dessin tourmenté d'un arbre corseté dans sa gaine d'écorce travaillée , tel regard humain frangé d'une soie humide, telle dentelure de pierre accrochée comme un rêve à un balcon décroché du ciel.

Habituée à garder le silence sur ces découvertes savoureuses, j'ai passé de longues années à ne communiquer mes élans à personne, ne pouvant accepter les refus, les quolibets, detestant que l'on ridiculise mes trésors! N'osant pas revendiquer ce qui ne touchait personne autour de moi!

 

Je n'ai pas éduqué mes sens, j'ai juste pris, picoré partout où il y avait à prendre, goûtant ce qui était nouveau avec curiosité, parfois avec recul, parce que la beauté ne se donne pas toujour s ans dans son immédiateté. Parfois, comme une femme peu sûre d'elle, elle se cache, se fait désirer un peu, n'osant pas retirer ses voiles; Alors, il faut savoir se poser, tendre l'oreille au son qui vous paraissait cacophonique et qui soudain déroule ses vagues harmoniques et vous enchante l'oreille.

 

Il faut savoir se mettre en réceptivité intense, ouvrir ses sens en toute simplicité et liberté, écouter ce que cela vous dit et fermer l'oreille aux chuchotements des voisins qui prétendent que c'est laid, puisque ça vous parle à vous, que ça vous crie, que ça vous interpelle!

 

Et alors, tout s'offre à vous................................l'art devient un monde intelligible, fluctuant, sensible, aux milles nuances variant à l'infini, jamais achevé, jamais figé sur un dogme, toujours évolutif et émouvant, éternellement réinventé par la magie de Votre regard.....

 

 

 

Par phedrienne - Publié dans : Plume de sucre, plume de sel !
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Samedi 15 décembre 2007 6 15 /12 /2007 07:43

                                                  

























                                                                                                       

 



Je suis entrée dans le miroir d'Alice avec de l'encre sur mes doigts

et dans mes poches de rêves quelques feuilles de papier froissé

je savais qu'en marchant dès l'aube sur les pas intracés des anges

on franchissait les portes de tous les invisibles.

 

J'ai laissé le vent de l'esprit souffler à travers mon corps

pour défaire de lui, comme de vilaines petites peaux ,

les scories d'un monde au quotidien fade ,

où tout se paie, même le prix des âmes, même l'eau,

 

J'ai tout donné au vent, je suis nue comme lui,

libre et seule comme l'air qui rugit des montagnes,

entre mes doigts mêlés les morceaux d'une vie,

veulent tracer pour moi une belle image unie,

 

mais...

 

Tout se délite et fuit, je suis comme un puzzle

un phénix fou qui jamais ne renaît,

mais se fait feu et flamme pour que son coeur s'envole,

et que rien ne soit figé à jamais.

 

Mes ailes palpitent et battent à tous les alizées

j'ai l'âme déchirante à toutes les émotions

c'est mon sang, c'est mon encre, ma fleur de raison

qui éclatent à mes mots leur sonorité forte,

 

Et nourrit la racine d'amour et de passion

qui, tel un fil d'or enserre mes chevilles,

et me retient au sol dans une pamoison

où lentement je reconnais mon vrai visage....

 

pour un instant d'amour, un éphèmère toujours......

 

 

 





NDA : Psychée ranimée par le baiser de l'amour-Antonio Canova (Musée du Louvres)

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Samedi 15 décembre 2007 6 15 /12 /2007 15:18
 

Ils posaient doucement de leurs tout petits doigts quelques morceaux de sucre sur le bord d'une fenêtre.

Et un talisman magique saupoudré de paillettes, la silhouette fine d'un cerf ench intemporelle.jpg anté, fragile comme des cristaux de neige....dans une soucoupe mince comme une vaisselle de poupée, deux ou trois carottes maladroitement grattées.......

C'est ainsi qu'ils attendaient, le nez dans les nuages, qu'un personnage auquel ils ne pouvaient pas croire tout à fait illumine leurs rêves d'enfants.....

 

Avec eux à mes mains j'ai couru dans le sable, mouillé aux flaques d'eau les chaussures trop propres, sucé des cailloux ronds comme de petits bonbons et glané dans la terre d'inavouables trésors; Coquilles sèches et lisses, boutons de nacre et d'os, fragments de mosaique, tessons de verre attrapant la lumière, marrons couleur d'acajou....ils ne sauront jamais avec quels remords j'ai parfois vidé les poches de leur manteaus crevées et lacérées sous le poids des merveilles.....

 

Dans l'herbe trempée du matin, ensemble nous avons tendu l'oreille pour écouter sans bouger le langage des fées, et celui de la terre, la chanson des fleurs couchées par le vent, les chuchotements et la musique des arbres, le jazz syncopé de la pluie martelant en cuivres roux les tuiles de la maison....

 

Je sais ce parfum d'enfance, cette odeur aigrelette et sucrée qui n'a jamais quitté mes mains, et ce regard dans les chagrins qui ne disparaît jamais tout à fait du regard des hommes. Je sais cette voix de l'enfance, claironnante nue et crue, lumineuse comme un soleil, chavirante comme une tempête.

Je sais ce cordon invisible né du ventre et du coeur et qui même si loin continue de vibrer doucement comme une onde qui ne s'éteint jamais.

 

Je sais ce regard de l'enfance que l'on retrouve au coin des yeux malicieux et plissés des petits vieux parfois, je sais ces plaisirs là.................

 

C'est pourquoi jusqu'au bout, jetant mon manteau bas, j'irais courir pieds nus, attraper les comètes par le bout de la queue, voyager à califourchon sur les nuages bas, et rêver avec eux de délicieux  effrois........

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Dimanche 16 décembre 2007 7 16 /12 /2007 07:30

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écriture  est la peinture de la voix (Voltaire) 






Une petite main malhabile trace signe à signe ses lettres péniblement sur le papier. Hisse comme un pavillon une barre tremblante sur le T et l'enfant sourit à cette première majuscule triomphante. Lève sa menotte maculée de noir, frotte ses joues et se maquille comme un petit clown improvisé; On ne s'émerveille jamais assez de ce miracle là, quand le dessin et le graphisme se font sens, quand tout se rejoint ainsi dans le cerveau nu d'un enfant pour qui le monde aura maintenant, en plus des odeurs et des couleurs, une écriture. On oublie vite comment c'est dur de tenter ce premier geste, cette coordination fine des doigts et du cerveau, cet apprentissage de la main et de la tête qui se poursuit toute la vie, et ne cesse qu'à la toute fin.

On oublie que les mots ça vous habille là, ça vous vêt l'âme et la vie, et que plus jamais rien ne sera muet.

Qu'il suffit, une fois qu'on a appris cet encodage magique, ces jambages ventrus, élancés et grotesques, amusantes silhouettes déguisables à l'infini, de laisser tout s'ouvrir, les portes de l'inconscient, le trésor à rêves et à fantasmes, tout ce que nos yeux ont capté et à quoi on croyait être aveugle et sourd, et pourtant tout est là...............

Dans les temps primitifs, des artistes novateurs avec des fusains, du charbon et de l'ocre ont inventé l'écriture du monde, à leur manière, et la mémoire des hommes.........aujourd'hui, à sa façon chacun de nous peut poursuivre cette route, et surtout, apprendre que les mots ont une couleur, une saveur, un parfum et que l'écriture est un art qui se conjugue à tous les temps du plaisir.....

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Lundi 17 décembre 2007 1 17 /12 /2007 09:16

« Du nectar au poison, les conséquences de l'amour sont claires: rien n'existe hors la passion. L'amour, puissance associale, voire antisociale, pulvérise les convenances et plus rien ne compte. Respectabilité et regard d'autrui, sens de l'honneur et de la parole donnée, promesse honorée et amitié chevaleresque, tout s'écroule, meurt et s'effondre. »

Sous les plis de la voile noire - Michel Onfray

 

 

coeur-rose.jpg



C'est exactement cela; Un séisme émotionnel sismique, tellurique qui soudain ravage une âme, fait chanceler tout ce qui était pivot, socle, ramassis de choses amoncelées au fil des ans et qui faisaient de vous un être policé, carossé de certitudes, de manies, de choses toutes faites; Et tout-à-coup, voilà que tout tombe de vous, les faux semblants, les peurs, tout ce qui était là et qui vole en éclat et ne compte plus.

Alors oui, en vous, l'etre brut, nu, sauvage, celui qui se tait toujours et ne réclame rien, se lève, tend des mains avides et réclame, tout! Et marche sur sa route, éveillé à tout ce qu'il voit de neuf, capable désormais des audaces les plus folles.

C'est pour cela que la passion fait peur, que tous lui tournent les talons avec horreur, préférant la tiedeur d'amours plus convenus et rassurants, une conjugalité sage, apaisante et étouffante comme un nid de coton.

Pourtant, ce fondement passionnel est au coeur absolu de toute création; Montrez-moi le poète, le sculpteur, le peintre, montrez-moi le génie scientifique à l'oeuvre et qui n' a pas été brûlé au coeur et à la raison par ce feu continu? Qui n'a pas en deça de toute morale sacrifié tout ce qu'il avait à la recherche d'un absolu, nié de tous, affirmé par lui seul?

Nos musées et nos opéras sont pleins de ces oeuvres là, notre vie s'est bâtie à la lumière des découvertes de nos savants, mais on oublie à quel prix d'amour et de dons de soi elles ont été faites, nourries du sang et de la moelle d'humains plus qu'humains.... et qui croyaient en leurs propres désirs....

C'est Rimbaud incendiant sa vie sur les routes marocaines, c'est Utrillo noyant son trop plein d'âme dans les alcools noirs, c'est Marie Curie brûlant sa vie à son intègre recherche, c'est Camille Claudel sombrant les mains nimbées de poussière de marbre dans les méandres de la déraison; c'est Rodin et ses statues tourmentées, c'est Michel Ange torturant son dos sur des échafaudages fous ..........mais aussi tant d'autres que cette passion fulgurante a portés en construction et en joie....Bach et ses virtuosités, Mozart et ses enchantements, Chagall et ses couleurs....

 

Alors,  cette passion effrayante, redoutée, moi, je ne la vois pas drapée d'un manteau noir, elle est feu, elle est vie, colonne vertébrale des êtres qui se veulent debout, et qui ont envie de colorer le monde de leur propre vision, de faire bouger ce qui est immobile, de renverser ce qui est pesant, de faire chanter les silences!


Puis, je sais son chant vivant d'allégresse en soi, le bonheur qu'elle procure, aussi intense et fort que les tristesses qui peuvent en naître!

 

La passion, première anarchie du coeur, non pas un mode de vivre mais une raison d'être, à cru, à nu, en intensité, en émotions...et en créations vives........

 

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Mardi 18 décembre 2007 2 18 /12 /2007 08:09

pink-floyd.jpg
                         Pink Floyd The wall

 

J'ai faim; Depuis que je suis petite, j'ai faim; Si vous voulez une image de moi, imaginez une bouche ouverte comme un O majuscule, avide de goûter et de prendre la saveur du monde, des yeux à la Greuze dépourvus de l'acuité visuelle habituelle aux humains mais très attentifs à vouloir dérober à la vie le côté secret et voilé des choses....

Un corps tout entier tendu aux sensations à prendre et à vivre; Vous savez, comme lorsqu'on veut écouter de la musique; beaucoup la mettent en fonds, un habillage sonore du quotidien, et ça devient du bruit, quelque chose qui occupe le vide.

Pourtant, si vous vous mettez en réception active, en ultra sensibilité sensorielle, alors la musique vous traverse et vous transperce, fait de votre propre corps une onde vibrante et colorée et tout prend sens. J'ai écouté ainsi le prélude et la mort d'Isolde De Richard Wagner, et je suis devenue cette mouvance, ce leitmotiv lancinant qui traverse son oeuvre de part en part et revient comme une nostalgie, comme un frisson violent.

J'ai été aussi guitare flamboyante sur les envolées gitanes de Paco de Lucia, cordes écorchée des rifts de Jimy Hendricks, mélopée lancinante et psychédélique de Pink Floyd! Aventure colorée, ludique,sensationnelle que je vous invite à partager avec ce qui parle à vos sens, au ryhtme interne à votre corps.

 

C'est ainsi aussi que je regarde les tableaux, les photos, entrant dans le prisme des couleurs, pénétrant les couches de formes et les textures, eclaboussant mon être de ces sensations vives, pas seulement dans les musées, mais au détour de petites rues obscures, dans des galeries minuscules retranchées dans des ruelles, ou soudain, derrière une anonyme vitrine éclate un festival de teintes chaudes, l'entrée d'un univers magique, une invite au voyage!!!!

Puis en musant dans les rues, déambulations anachroniques et hasardeuses, il suffit de lever le nez, partout des statues oubliées et si belles, des fontaines alambiquées, des frontons d'immeubles décorés de figures hiératiques ou chimeriques, la beauté est partout.......et toujours à inventer, neuve et belle à chaque fois, hors des normes et des codes..............

 

Et au detour de pages blanches ou jaunies par le temps, sous une reliure de cuir travaillée et réhaussée d'or, une jaquette de carton sobre, machouillée écornée, les mots! Comme des trompettes sonores, des jaillissements de sens, répondant à la faim de l'esprit, à sa curiosité à sa volonté de trouver du sens, les mots comme des passerelles tendues entre les vivants et qui permettent la plus extraordinaire des épopées, le voyage dans l'esprit de l'autre, l'immersion lente et crue dans les pensées itinérantes et créatives de nos frères humains! On les trouve partout les mots, dans un carton posé à même le trottoir et dégorgeant de vieux trésors oubliés, des livres! Dans les librairies sur des étagères oubliées; dans la bouche d'or de celui qu'on ne connait pas et qui soudain, en vous ouvrant les portes de son esprit vous tend les clefs d'un monde nouveau.

 

C'est de tout cela que j'ai faim! Une faim jamais rassasiée, satisfaite de ne pas l'être, attentive à tout ce qui jaillit de la vie, tout ce que je ne connais pas, tout ce qui sera neuf et fort à mon palais à mon âme, tout ce qui déliera les ailes de mon esprit et m'empêchera, je l'espère, d'être fermée à la beauté et au sens des mondes à venir....

 

 


                                                                                                       

Par phedrienne - Publié dans : Plume de sucre, plume de sel !
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