masque.jpg Rimbaud disait « je est un autre » posant en cela sans le savoir, avec son talent lumineux et fou, l'interrogation majeure de la psychanalyse sur l'être humain. Pourtant, il avait tort le poète aux semelles de vent. Je n'est pas un autre, je est des milliers d'individus se succédant par couches successives dans une seule histoire, Certains ont peu de peaux, peu de costumes de rechange; D'autres sont des caméléons, apposant sur leurs traits une suite de masques rieurs, tristes, affairés, selon la necessité du moment, acteurs chevronnés de leur propre vie, manipulateurs aussi des émotions et de la vie d'autrui, Puis il y a ceux comme moi, qui ne savent pas pourquoi ils changent, ni ce qu'ils sont. Je sais aujourd'hui que ça importe peu, que ça ne change rien, je suis dans tous ces « je » que je ne saisis pas toujours...mais cela m'égare un peu, beaucoup!

 

  

Qui se cache derrière le masque?



La plupart des gens d'ailleurs ne le savent pas , ni ce qu'ils peuvent être, l'homme est en devenir permanent et en refus permanent de ce devenir, pourquoi?

Si je regarde le scénario distordu et complexe de ma vie, je sais et sent que en dépit de toute ma volonté tendue depuis toujours vers un désir de sincérité, de véracité de ma vie, j'ai joué des rôles attendus, autorisés, agrées socialement, a-t'on le choix? Ceux qui font un choix autre sont condamnés à la folie, à la déshérence mentale; les gens qui dorment dans la rue sont à plaindre parce que c'est avant tout leur âme qui erre, ne pouvant s'ancrer à rien, refusant les hâvres convenus qui sécurisent les autres; C'est devant ça qu'on tourne la tête avec écoeurement, nous, les nantis et les policés, cette insupportable douleur qui nous pète à la gueule et nous renvoie à notre propre effroi, aux questions qu'on ne veut surtout pas se poser sur soi.

Et moi, aujourd'hui, je sens et comprends cet appel de la rue comme jamais, ne pouvant plus me retrouver dans un acte de ma vie sans me demander s'il a un sens, s'il a une cohérence, si ce que je vis m'appartient et est ce que je souhaite véritablement; Si ce que je vis est vrai!

je suis un être sans racines, malgré tous ces efforts opérés, poursuivis depuis des années, rien n'a enraciné mon coeur, rine ne m'a construite complètement, c'est ce que je vois depuis plusieurs mois maintenant; Pas même mes enfants! Quelque part, jusque dans cet amour là, j'ai été factice, fragmentée, j'ai été un moi illusoire, sinon, je n'aurais pu les quitter, c'est une évidence. Ma force vient de ce manque là, moi, je n'ai rien à briser, moi, je n'ai rien à perdre, je suis perdue d'office si je puis dire, je suis une plume balayée au vent.

Et cet amour, cet amour qui est venu tendre une corde, la corde manquante, le fil qui n'était pas, lestant tout à coup cet être puissant et volatile, le faisant redescendre sur la terre, atterrir dans un tsunami de sentiments, cet amour, puissant, dévastateur, fondateur, qui a construit et déconstruit sans cesse, imposant un film détourné et fou d'un château sans cesse reconstruit, sans cesse détruit, dans une spirale, est-il vrai, est-il là? Est-ce qu'il n'a pas été le plus beau de mes rêves?

C'est ça qui me donne le vertige, cette sensation parfois de n'être à la terre que dans mes mots, de voir autour de moi tant de fantômes occupés à bâtir une histoire vide, creuse, répétitive, sans fondement autre qu'une continuité biologique, le lignage humain, la transmision génétique d'un silence, d'une vacuité intellectuelle, d'une incapacité à être autre chose qu'un animal intelligent, dressé depuis l'enfance à se comporter comme, à se conformer à.

Ma famille à moi, c'est le monde. Multiple, foisonnant, tous les êtres à égalité de sens et de partage, ceux qui n'ont pas mon sang mais qui ont les mêmes veines que moi, ceux qui ont la même faim issue de cete absence là, l'absence d'un sens, d'une clef de la vie; C'est pour ça que je suis libre comme personne ne l'est peut-être autour de moi, et seule, il ne peut en être autrement, sans entrave morale désormais, juste liée par des fils de coeur à une vie qui n'est pas la mienne et ne le sera jamais. C'est ça, être écrivain, c'est ça être poète, savoir que rien n'est là, que tout est à chercher toujours. C'est pour ça que je ne vieillis pas; les enfants savent cette vérité là, savent ce qui est important, le jeu, la découverte, l'imaginaire et pas ce que les adultes leur demandent. Pas la matérialité lourde et non fondée, tout ce qu'on met autour de nous, tout ce dont on s'entoure pour ne pas voir le vide. Moi, le plein c'est dans ma tête qu'il se bâtit et se défait et renait toujours différent; Le plein essentiel, celui de l'esprit et du corps rassasié d'un bonheur vrai, toujours à faire renaître de tout. Le bonheur de savoir prendre la beauté et la souffrance d'un monde où il faut non pas chercher un sens , mais l'inscrire par ce qu'on est, nu, fragile, exposé, humble, royal, soi..............

 

La vie !

Par phedrienne - Publié dans : Plume de sucre, plume de sel !
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On ne le sait sans doute pas assez mais Satan est un ange déchu. Un ange devenu noir comme l'encre, converti aux arcanes du mal. Un ange doté de la liberté de tous les anges et qui s'est rebellé contre l'autorité. Je ne peux m'empêcher de me demander ce qu'il serait devenu Satan, s'il avait voulu conserver ses ailes blanches; Si de temps à autre, il en avait eu des remords, une envie de retourner en arrière.

Pas de mysticisme dans mes propos, je suis athée revendiquée et assumée totalement; Je prends dans l'iconographie existant autour des anges et des démons, le lien symbolique évident avec l'homme, en qui coexistent ces deux pôles de ténébres et de lumières. Cette interrogation majeure sur ce fil ténu où, par les aléas de son existence et l'incongruité de rencontres malvenues ou survenues au contraire au bon endroit et au bon moment, l'homme soudain oscille, et chute, parfois pour ne plus se relever.

Comment, confrontés aux mêmes dangers, aux mêmes tentations, un homme peut devenir héros transcendé par un accès de courage ou malfaiteur. Comment il pourra être autre dans un demain, sans que cela puisse s'expliquer aux yeux du monde.

J'aime bien les anges déchus, je l'avoue; Ils m'effraient beaucoup moins que les hommes surs d'eux, assis sur leurs certitudes, les parangons de vertu. Les juges, implacables devant les errements d'autrui. Ceux qui ignorent combien l'homme peut se relever de tout, quand il le veut; Ce que le miracle de sa volonté opère, ce que cela reconstruit. Derrière chaque aile brisée, moi, je vois l'homme qui a souffert, celui qu'on n'a pas regardé. Celui qui n'a pas été aimé; Cela me touche, toujours, mais n'excuse rien. Je reste curieuse et en attente d'espoir.

Je le vois qui reste tapi là, qui peut être un lien ténu comme un cheveu, mais qui, par une reviviscence soudaine de l'être, peut le ramener de la nuit, et lui redonner toute sa substance.

Il ne faut pas lapider les anges déchus, le monde en est plein, je le sais, et jamais mépriser l'humain, en qui le guerrier d'or cotoie les plus viles déchéances.......

Par phedrienne - Publié dans : Plume de sucre, plume de sel !
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Fourvières s'illumine comme un château de Disneyland

Fourvières au pays des merveilles

par la grâce de lumières rouges ostentatoires et provocantes

ca en jette!

Une basilique couleur de sucre d'orge

irradiant de lumière dans le bleu d'une nuit d'été.

On s'attend à voir penchée en haut d'une tourelle

la belle au bois Dormant,

où soeur Anne avec un torticolis

depuis le temps qu'elle attend !

Fourvières à la princesse cachée,

non plus lieu de culte, mais lieu de rêves

pour les enfants....

 

Par phedrienne - Publié dans : Plume de sucre, plume de sel !
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  Coeur!

  Qui bat, éclate comme ce rouge
  sang

  à l'assaut de murailles qui n'ont
  rien fait  aux  hommes,

 

  Coeur!

  Qui palpite et explose pourtant

  comme un bouquet de fleurs 
  en  tumescence.

 

   Dis, petit organe vain qui 
   toque comme un jouet devenu 
   fou,

   petit caillou pourpre serré
   comme une éponge qu'on essore,
 
  et d'où nait ma colère, ma rage,  
   mes plongeons

   dans l'écume crêteuse des orages,

   tu es à peine une plume, 
   un grain de rien à peine,

 un fil délicat tendu sur le réseau des connexions invisibles,

une transparence verticale aux songes des humains,

dis, quand tu titubes et que tu hoquètes comme ça,

comme une petite femme ivre qui chancelle sur ses talons,

quand tu prends peur et te recules comme ça,

animal égaré cherchant l'ivresse de la terre mouillée,
désirant ardemment échapper aux naufrages

et  qui sais reprendre, dans un souffle, courage
et s'unir au tempo fort de son alter égo
que j'aime être humaine alors, être humaine à tout!!!

 

Mon coeur à jamais amant de ma raison....

 

 

 

 

Par phedrienne - Publié dans : Poésies
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Je ne  me suis jamais demandé pourquoi j'écrivais. C'était chez moi un besoin vital, criant, très intime, une necessité aussi presente que le besoin d'air et de nourriture.

Mon bain d'encre, dessiné au fil des pages dévorées dans l'enfance, cachée sous les draps à la lumière d'une lampe de poche, et d'abord très lié à mes tourments intérieurs et à l'histoire de ma vie alambiquée et difficile à comprendre pour une enfant, s'est enrichi au fil des ans de multiples couleurs, a dépassé sa dimension cathartique pour épouser d'autres formes, d'autres facettes de l'écriture, tendre vers le sens, le partage, la multiplicité des formes aussi, à ma petite échelle personnelle.

Tout cela, chacun de ceux qui écrivent le ressentent très bien dans leur chair; Et d'autres l'expriment merveilleusement bien;

Ce pour quoi je veux mettre ici le texte d'ouverture de L'archipel des Comètes, de Michel Onfray, qui est à l'écriture un magnifique hommage:

IMG-8329.JPG

«  Aussi loin que je remonte dans mon souvenir, j'ai toujours aimé écrire: le graphisme, la trace de la plume sur le papier, son grincement, la magie de l'apparition d'un trait modulé en pleins et déliés, cette ligne étonnante qui chante et raconte, mais aussi l'histoire elle-même, la narration, le monde ouvert aux pieds du lecteur. J'ai apprécié la mythologie de l'apprentissage, jadis, avec encriers en céramique blanche, auréolés en dégradés de violets devenus mauves sur la pulpe des doigts, puis la flèche de la plume en acier , le dessin symétriqu een son coeur qui retenait le liquide coloré, puis l'écartement sur lequel on pouvait jouer avec la pression de la main ou du poignet.

 

Ecrire induit avant tout une émotion physique, une sensation corporelle ; l'odeur de la poudre avec laquelle se fabrique l'encre emmagasinée dans des bouteilles vertes dotées d'un bec verseur comme pour l'apéritif dans les cafés d'antan, le lisse du papier sous le gras de la main, la rigueur bleutée des lignes et le trait rouge vertical dans la marge. J'ai d'abord aimé cela, en fétichiste. En écho, je n'écris pas aujourd'hui sans un rituel d'encre et de stylo, de papier et de mise en page, de graphisme et d'occupation de l'espace qui seul rend possible le devenir verbal de mes songes. Hiéroglyphes et cunéiformes, linéiare B et cyrillique, Kandji asiatique et calligraphie arabe, je suis toujours émerveillé de ce qui subsiste d'art stylisé, d'équilibre entre l'appolinien et le dyonisiaque dans le traçage de chaque mot, à lui seul une oeuvre d'art, un tableau. »

 

Michel Onfray « L'archipel des comètes » Editions Biblio-Essais

 

Par phedrienne - Publié dans : Plume de sucre, plume de sel !
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Touffeur du métro. Des grappes humaines énervées, compactées comme des tôles, s'entassent, s'imbriquent, se piétinent et s'agressent. Quelques hurluberlus se lancent à l'assaut des quais avec des bébés hurleurs accrochés à leur dos, il y a même un doux illuminé qui promène un sapin immense et que les autres passagers considèrent avec un regard haineux, prêts à en découdre sauvagement à la moindre agression épineuse....

Les mères de famille s'ensauvagent, trainant leur progéniture hurlante qu'elles flanquent entre les jambes du premier venu, poussant, tirant, vociférant, jolie image de la douceur féminine et maternante...!

Ca se chevauche entre les travées, quelques touristes égarés, l'air totalement ahuri contemplent cette Bérézina en ayant l'air de se demander ce qu'ils sont venus faire dans cette galère;

A chaque arrêt, des employés malchanceux et mélancoliques gonflent leurs pectoraux, hurlent, éructent dans des portables, totalement impuissants à endiguer les vagues grondeuses de la foule qui les engloutit, non sans les avoir copieusement conspués.

Place Bellecour, le métro vomit ses serpents humains, l'air vibre d'excitation, l'adrénaline est à son maximum. La foule grimpe à l'assaut des escaliers mais la densité humaine est telle qu'on ne peut avancer nulle part; Ca piétine et ça pousse, on s'agrippe à ce qui vous tombe sous la main, un dos, une paire de fesses, le premier qui choit est un homme mort!

L'air libre enfin, si l'on peut dire! rouge-statufi---1.jpg

Une roue immense implose ses rayons à la face du ciel noir chargé de nuages de pluie; Un tintamarre hallucinant habille l'espace, musique, tam tam, appels éraillés des vendeurs de kebab et de vins chauds, pleurs des enfants perdus, rires.

Finalement, les gens restent figés là, prenant à peine la beauté des lumières, des jets de laser qui zébrent l'espace, regardent hébétés, en ayant l'air de se demander si cela valait la peine de se battre autant; C'est qu'on en veut pour son argent après avoir supporté ce compressage inhabituel des corps!

Au milieu de tout cela, des passionnés extraterrestres ont posé leurs trépieds et mitraillent, indifférents aux bousculades, aux gens qui s'ingénient à passer inlassablement devant l'objectif, pris dans la lumineuse beauté de la sphère aux couleurs mouvantes qui abrite la statue équestre de Louis XIV, soudain magnifiée en chevalier du futur ou en prince de contes de fées.

Ca boit, ça braille, ça court, ça ne veut rien perdre! L'air est saturé de sons, d'odeurs de saucisses chaudes, de relents barbapapéiens.

Au milieu de tout ça, une femme échevelée, les lunettes de guingois sur le nez, moi, perdue dans son manteau trop lourd, s'essaie à prendre une lumière, une atmosphère, évite d'un déhanché savant un pare choc de voiture, protège d'une main ferme et d'un oeil noir l'optique de son reflex que d'aucuns bousculent à grands coups de coude!

Je m'incruste, résiste aux vagues qui poussent dans un sens puis dans l'autre comme une mer capricieuse qui ne sait plus où étendre ses marées; Je bataille gaillardement avec des essaims de parapluies guerriers brandis comme des épées au-dessus de matrones vindicatives,essaie de ne pas pietiner quelques marmots hagards, cramponnés à leur têtine comme au saint sacrement, et dont les yeux reflètent une terreur sans nom devant le spectacle infligé par des parents totalement insoucieux de leur progéniture.

Ca et là, illuminant le chaos de leur présence humaine, des couples d'amoureux s'embrassent voracement, opposant aux chocs et à la bousculade la statue inaliénable de leurs corps enlacés, refuge et île !

Moi, le visage mouillé, les cheveux dans la bouche, j'arme et je prends comme je peux, ne pouvant rester plus d'une demi seconde devant ma cible sans qu'un bras, une jambe, un sac à dos, ne vienne me cogner, me faire chanceler sur mes jambes que j'essaie pourtant d'ancrer fermement au sol, comme un matelot dans la tempête! L'oeil ébloui, les sens sursaturés de ressentis, de bruit, des remous denses et opaques de la foule, je navigue et prend néanmoins la magie des lumières assez kitch, habillées d'un habit postmodern très flashy et designé, pas toujours du meilleur goût comme ces guirlandes bleues auréolant une fontaine ensanglantée mais dont l'éclat marque somptueusement la rétine et feront un beau cliché.
Pourtant, dans le refuge tiède de ma maison retrouvée par miracle après une nage éfrenée au milieu des bras et des jambes et un inénarrable retour dans une rame bondée comme un train des Indes, où il ne manque que les volailles et les cochons accrochés aux toits, c'est le cliché doux et totalement surréaliste de ce cavalier solitaire, non plus solaire mais comme étranger à lui même que je garderais dans mon coeur, porteur de rêves......

 

Par phedrienne - Publié dans : Plume de sucre, plume de sel !
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